2 février 2017

Objet #3

Boules de billard français Chevillote, 2016 - Polaroid © Yannick Vallet

Film : Le cercle rouge

A peine sorti de prison, Corey fera trois choses essentielles : prendre un café-croissant sur le zinc, récupérer une grosse somme d'argent auprès de son ancien acolyte Rico et faire un billard. Tout ça, à deux pas de la Canebière.
Dans ce quartier de Marseille où il semble avoir ses habitudes, l'ex-taulard va entrer sans hésitation dans un immeuble de la rue Pavillon[1] et monter jusqu'à l'Académie de billard. Ambiance petit matin, escalier sombre et lettres de néons.
Faisant rouvrir la salle en échange d'un billet de cent[2], Corey, seul dans le décor, reprend contact avec la vie. Il touche nonchalamment le porte-queues, laisse courir sa main le long d'une des tables, palpant et caressant lentement le tapis de feutrine verte [3]. Puis, d'un geste assuré, il va se saisir d'une queue, en recouvrir le bout d'un peu de craie rouge, comme un cercle rouge, et jouer son premier coup, tranquillement, comme s'il savourait son retour au réel. Un réel qui ne va pas tarder à se matérialiser durement sous les traits de deux malfrats, venus récupérer l'argent indûment "emprunté" :
- Faut rendre ce que tu as pris, Corey.
- D'accord. De toute façon j'avais perdu.

Evidemment, Corey ne rendra rien du tout. Après une altercation quelque peu musclée, il repartira (presque) de la même manière qu'il est arrivé, seul, et à l'image de cette boule rouge prise entre les deux blanches, heurté, bousculé mais toujours impeccable. Puis il redescendra nonchalamment les escaliers menant à l'extérieur, direction le concessionnaire automobile, direction Paris …


[1] Une rue identifiée grâce à l'aide de quelques amis marseillais (Valérie Horwitz, André Mérian, Chris Galatry, Emilie Allais, Michel Llorca) et dont je reparlerai, une rue qu'il me faudra visiter évidemment …
[2] francs
[3] Geste qu'il refera à l'identique à la fin du film, chez le faux receleur Mattéi, quelques minutes avant de mourir.