20 octobre 2017

Jean-Pierre Melville 1917 - 1973





Fiche d'identité des FFL datée du 16 août 1943

18 septembre 2017

Les Carnets de la création

Vous pouvez retrouver le podcast de l'émission du 15 septembre de Aude Lavigne sur France Culture à propos de Melville, Delon & Co ICI


15 septembre 2017


MELVILLE EST DIEU, MAIS DIEU EST SEUL.

14 septembre 2017

Véhicule #6

Plymouth Fury III 66', Modèle réduit 1/43e, 2017 - Photo © Yannick Vallet

Film : Le cercle rouge

La voilà donc, la fameuse Plymouth[1] que Corey achètera sur La Canebière à la sortie des Beaumettes[2]. Un véhicule sur lequel le concessionnaire a collé une affichette bilingue où il est indiqué : AFFAIRE EXCEPTIONNELLE – REAL BARGAIN[3].
C'est après être sorti de chez Rico, que Corey repérera l'Américaine. La concession n'étant pas encore ouverte (elle ne le sera qu'à partir de 9h), celui-ci décide d'aller faire un billard à quelque pas de là, seul. Et c'est donc à son retour qu'il achètera la voiture, direction Paris.
Sortant de Marseille par l'A7, il rejoindra la Nationale 7 par l'A51 en passant par Aix-en-Provence. Jusque-là, tout est vérifiable. On le voit en effet se diriger a priori vers Aix, après s'être arrêté sur le bord de l'autoroute pour planquer ses revolvers dans le coffre de la Plymouth. Et puis ensuite, impossible de savoir vraiment. A-t-il préféré rester sur la N7 ? A-t-il opté pour l'autoroute à chaque fois que c'était possible[4]. Seuls quelques signes peuvent nous aider à trancher.
J'avais pensé un temps qu'il n'avait emprunté que les nationales 6 et 7, mais trop d'indices me font penser finalement qu'il a dû alterner. En effet, Corey est a priori pressé de rentrer sur Paris et semble vouloir faire le trajet dans la journée, quitte à arriver à la nuit tombée : au motard qui contrôle ses papiers, il indiquera que la carte grise sera refaite dès le lendemain ; et puis, quelques minutes plus tard il dira à Vogel :
- Allons-y ! Il faut être en sécurité au plus vite et il n'y a que Paris.
On peut donc penser logiquement qu'il prendra l'autoroute chaque fois qu'il le pourra. Selon cette option, et en fonction des lieux où on le retrouve, il est possible retracer son trajet :
- à la sortie de Marseille, Corey prend l'A7 puis bifurque sur l'A51 puis repasse sur la Nationale 8, direction Aix-en-Provence,
- de Aix-en-Provence jusqu'à Sénas, il emprunte la Nationale 7,
- de Sénas jusqu'à Lyon, l'autoroute non-stop,
- de Lyon à Avallon, il repasse sur la Nationale 6 avec un arrêt au barrage de Saint-Loup-de-Varennes, au niveau du monument à Nicéphore Nièpce. Puis déjeuner au Relairoute de La Rochepot et deuxième barrage,
- de Avallon à la forêt de Fontainebleau, retour sur l'autoroute mais cette fois-ci il s'agit de l'A6,
- et puis, on ne sait pas trop pourquoi, Corey sort de l'autoroute (vraisemblablement à quelques kilomètres au nord de Nemours, au niveau de Ury) et se fait serrer par les sbires de Rico,
- et enfin, repart sur la Nationale 7, passe à proximité de Barbizon et reprend l'A6 à Soizy-sur-Ecole, jusqu'à Paris.
Arrivé à destination, il gare la Plymouth devant son immeuble, au niveau du 19 avenue Paul Doumer.

D'ici, à chaque fois qu'il se déplacera dans Paris ou ira en banlieue (pour se rendre au Santi's, à Mauboussin ou chez le fourgue), se sera avec cette Plymouth Fury III. Car contrairement à Jef Costello, Corey ne prend jamais le métro. Et contrairement à Costello, Corey est propriétaire de son véhicule, qui plus est une Américaine et non une française. Tout l'inverse du Samouraï.
C'est comme si Corey et Costello incarnaient à eux deux le yin et le yang. Eternellement différents, éternellement opposés (complémentaires ?), jusque dans leur allure : l'un arbore le chapeau, l'autre la moustache. Et puis surtout, on l'a déjà dit, l'un tue alors que l'autre, jamais. Et pourtant. Ils appartiennent au même cinéaste qui, lui, tentera d'en faire la synthèse dans un personnage unique - Edouard Coleman - ultime représentation d'un créateur tout-puissant, omnipotent seul face à sa page blanche …



[1] A noter que cette même Plymouth Fury III réapparaîtra en 1972 sur le front de mer de Saint-Jean-de-Monts dans le rôle de la voiture des malfrats perpétrant le casse de la BNP, au début de Un flic.
[2] Il s'agit en fait de la voiture personnelle de Jean-Pierre Melville.
[3] De la même manière, il est indiqué sur la vitrine de la concession Simca (!), en français et en anglais : OUVERT sans interruption - OPEN without interruption. Comme pour bien rappeler au spectateur les influences cinématographiques de Melville et les origines américaines du film noir.
[4] A l'époque, l'autoroute n'existait que par tronçons et donc il fallait, parfois, repartir sur la Nationale.



11 septembre 2017

Personnages #3

Trois Maîtresses, 2017 - Triptyque © Yannick Vallet (d'après Jean-Pierre Melville)

Films : Le samouraï, Le cercle rouge, Un flic

« Il n'y a pas de femmes dans mon film, je ne l'ai pas fait exprès, je ne suis pas misogyne, mais en écrivant le scénario, tout d'un coup, je me suis aperçu qu'il n'y avait pas de place pour les femmes. Alors il n'y en aura pas. »[1]

Et effectivement, dans Le cercle rouge il n'y a pas de grands rôles de femmes. Mais tout de même, celles qui apparaissent ont leur importance, à commencer par l'ex-petite amie de Corey (Anna Douking) que l'on aperçoit sur les trois petites photos noir et blanc qu'il récupère à sa levée d'écrou et que l'on découvre "en vrai" un peu plus tard, dans le lit de son ancien complice Rico. Une anonyme (jamais son prénom n'est prononcé, pas même écrit dans le scénario) qui a le mérite d'incarner à elle seule tout le passé de Corey. Sa vie intime, ses amitiés, ses trahisons …

Dans Le samouraï, Jeanne (Nathalie Delon), elle aussi la femme de deux hommes, n'a pas quitté Costello pour l'autre. Très amoureuse de Jef, elle doit subir le caractère très indépendant de son amant et semble lui être dévoué corps et âme. Dans la première scène où ils sont ensemble, Jef Costello vient lui dicter son alibi. Il ne restera chez elle pas plus de trente secondes et ne la touchera pas. C’est à peine d’ailleurs, s’il la regardera.
Quant aux adieux de la fin du film, ils sont, là aussi, plutôt rapides. Jef est pressé, il évite autant qu'il peut le rapprochement des corps mais ne pourra se soustraire lorsque Jeanne, posant une main volontaire sur son épaule lui demandera "Qu'est-ce que je dois faire Jef ?". Les yeux dans les yeux, il lui passe la main dans les cheveux, puis l'attire à lui et dépose un léger baiser sur sa joue. L'étreinte ne durera que quelques secondes, puis Jef s'en ira. Pour toujours.

Dans Un flic, c'est tout le contraire. Les rencontres entre Coleman et Cathy dureront une éternité. Comme si le temps se distendait. La scène du piano au Simon's en est un bel exemple avec deux longues minutes d'un face à face musical et sentimental. Plus tard, lorsque le commissaire rencontre Cathy dans le secret d'une chambre d'hôtel, ce sera dans une espèce de simulacre d'arrestation, puis de séduction, où Cathy s'essaierait au rôle de vampe. Tout cela semble un brin naïf et sonne un peu faux … jusqu'à ce qu'arrive la dernière scène dans laquelle le commissaire tue Simon sous les yeux de sa maîtresse. À ce moment-là, la réalité reprend le dessus. Brutalement. La réalité de deux mondes qui s'affrontent, chacun d'un côté de la loi. Cruellement.
Comme si les héros melvilliens étaient condamnés à vivre seuls, séparés des femmes, éternellement. Comme si l'amour, le vrai, ne leur était pas autorisé.

Trois femmes, trois maîtresses, pour trois héros solitaires.


[1] Jean-Pierre Melville sur le tournage du Cercle rouge en mars 1970.


7 septembre 2017

Objet #20

Revolver Walther P38, 2017 - Dessin © Yannick Vallet

Film : Le cercle rouge

Ce P38 a été récupéré à Marseille par Corey lors de l'altercation avec les gorilles de Rico, dans le club de billard de la rue Pavillon. Puis ce sera avant de quitter définitivement Marseille, juste avant l'embranchement entre l'A7 et l'A51, que Corey s'arrêtera un court instant pour planquer ce pistolet - ainsi que le Colt piqué à Rico - dans sa saccoche, au fond du coffre de la Plymouth. La dernière fois où cette arme réapparaitra ce sera dans la scène de la forêt : Vogel, sorti du coffre, le lancera à Corey afin de tenir à distance les sbires de Rico.
Mais finalement, jamais le P38 ne servira vraiment. Mieux, jamais Corey tout au long du film, ne tirera une seule balle. A croire que tuer les gens ce n'est pas son truc. Il faut dire que vu la peine relativement courte de cinq années qu'il a purgé aux Beaumettes, ce n'est certainement pas un meurtre qui l'a mené là. Corey serait donc un malfrat aux mains innocentes ? Probablement.
Tout l'inverse d'un Costello …


31 août 2017

Lieu #12

Hôtel Beauséjour, 2017 - Photo © Yannick Vallet

Adresse : 1, rue Lepic - Paris 18e

Film : Un flic


124- EXTERIEUR NUIT

Caméra basse.

L'entrée de l'hôtel BEAUSE-
JOUR, 1 rue Lepic, à l'an-
gle de la place Blanche.
A gauche de l'écran, la bou-
tique : "LA MAISON DU BAS"
dont l'enseigne lumineuse
est alternativement rouge
ou bleue.
Un gardien de la paix devant
la porte disperse les ba-
dauds.

                                 L'AGENT
                                 Circulez Messieurs-Dames, il
                                 n'y a rien à voir ! …

Edouard Coleman, qui passait dans le quartier avec son adjoint (on vient de voir la Dodge Dart s'engager sur la place Pigalle), est appelé sur une scène de crime : … Où ça ? … On y va et je vous rappelle après …
Or à l'écran, on retrouve la description précise que Melville a écrite dans le scénario : effectivement, l'enseigne lumineuse clignote bien du rouge au bleu. Une preuve supplémentaire que le cinéaste connait parfaitement Paris, lui, l'enfant du 9ème arrondissement.

« Jusqu'en 1956 je traînais. Je ne pouvais pas aller me coucher. Le nombre de fois où Auguste Le Breton et moi, par exemple, nous avons pris un petit-déjeuner après une nuit sans sommeil, à la terrasse du Pigalle, place Pigalle, c'est qu'on attendait les premiers rayons du soleil pour se commander un café crème. » [1]

Et cela va encore plus loin dans la précision puisqu'après quelques recherches, j'ai découvert que l'Hôtel du 1 rue Lepic avait bien pour nom Beauséjour (il apparaît d'ailleurs sur certaines cartes postales du tout début du XXe siècle), mais il a fermé en 2008.

Pour Edouard Coleman, il s'agit là d'un lieu important, un lieu où il prendra conscience de sa propre mort [2] lorsque, confronté au regard vide de la prostitué assassinée, il détournera le regard … pour mieux découvrir quelques secondes plus tard les noms des héros de Melville inscrits sur le mur [3]. L'Hôtel Beauséjour, repère indéfectible d'un cinéaste où la vie et la création se croisent et s'entremêlent de manière profondément intime.


[1] In Jean-Pierre Melville : portrait en neuf poses de André S. Labarthe (Cinéastes de notre temps, 1971) 
[2] voir post du 11 juillet : Personnages 
[3] voir post du 11 mai : Décor#3

24 août 2017

Personnages #2

Trois Compagnons, 2017 - Triptyque © Yannick Vallet (d'après Jean-Pierre Melville)

Films : Le cercle rouge, Le samouraï, Un flic

Dans chacun des trois films de Melville, le héros Delon, drapé dans sa solitude un tantinet orgueilleuse, a toujours "à portée de main" un compagnon sur lequel il peut compter, quoi qu'il arrive et en toutes circonstances.
À commencer par le garagiste du Samouraï. Un homme du milieu toujours prêt à changer les plaques d'immatriculation, à fournir de fausses cartes grises ou de vrais revolvers. Étonnant d'ailleurs, comme ce garage est toujours ouvert lorsque Jef arrive, comme si l'homme attendait ici, jour et nuit, toujours disposé à rendre service. Compagnon loyal, il n'hésitera pas à prévenir Costello alors qu'il lui fournit pour une ultime fois un Smith & Wesson : J'te préviens Jef … c'est la dernière fois.
Dans Le cercle rouge, Vogel n'est pas le compagnon de toujours, mais il le deviendra. Et l'on sait, dès la scène de la cigarette au milieu des champs, que ce compagnonnage-là durera longtemps. Delon comprend qu'il pourra compter sur Vogel en toutes circonstances et pour une bonne raison : Vogel lui doit l'essentiel, sa liberté. Le regard que Corey lui lance à la fin du film alors qu'il s'apprête à rejoindre le fourgue, en dit long sur leurs relations. Sans parler de cette phrase lancée par Costello, et finalement assez étrange : Ne t'énerve pas … on a déjà fait mieux, non ?
Quant à Morand, l'adjoint de Coleman, même s'il n'est pas de tous ses déplacements (le commissaire sait se préserver une certaine intimité, que ce soit avec sa maîtresse Cathy, son indic Gaby ou son ami Simon) il sera lui de toutes les missions. Toujours prêt à épauler son supérieur hiérarchique, à être son bras droit, son ombre, voire même celui qui réconforte lorsque la solitude de l'homme blessé devient trop grande. A ce titre, la dernière scène d'Un flic est tout à fait éloquente : alors que Coleman vient d'abattre son ami Simon sous les yeux de sa maîtresse, le commissaire et son adjoint, tous deux bien à l'abri dans leur voiture de fonction, descendent les Champs-Élysées sans un mot, les yeux rivés sur la route. Alors que l'atmosphère devient pesante, Morand fouille dans sa poche de manteau et en ressort un paquet de chewing-gum. Gentiment, il en proposera un à Edouard qui, poliment, le refusera d'un léger mouvement de tête négatif.
Les héros, tout solitaires qu'ils sont, n'en sont pas moins épaulés, à l'image du cinéaste Melville, solitaire mais jamais seul.

17 juillet 2017

Lieu #11

1 rue Lord Byron, 2017 - Photo © Yannick Vallet

Film : Le samouraï

Dimanche, 6H. moins dix du matin.
Jef Costello, après une nuit passée au 36 quai des Orfèvres, sort du bâtiment sous une pluie battante. Il hèle un taxi :
- 1 rue Lord Byron.
Prudent, il regarde à travers la vitre arrière du véhicule pour vérifier qu'il n'est pas suivi.
Arrivé à destination, il entre sans hésiter dans l'immeuble. Puis un ascenseur le mène dans les étages où il emprunte un long couloir labyrinthique.
Mais le chauffeur de taxi était en fait un policier qui ne tarde pas à informer le commissaire par téléphone.
Le commissaire : Attention ! Le 1 rue Lord Byron est un immeuble à double issue.La sortie est sur les Champs-Élysées au 116 bis, dans le hall du Normandie.
Et effectivement, Costello ressortira quelques secondes plus tard par le 116bis !

Incroyable comme ici Melville, une fois de plus, fait preuve d'une grande précision. Mais les deux immeubles correspondent-ils vraiment ? La topographie des lieux est-elle plausible ? Je n'ai malheureusement pas pu le vérifier in situ, le côté Lord Byron étant gardé par un cerbère, le côté Champs-Élysées par un digicode !
Melville connaissant parfaitement la capitale, on peut supposer qu'il n'a rien inventé. La seule chose qu'il a créée étant des personnages stylisés, solitaires, magnifiquement mis en scène dans un environnement réaliste.
Un de ceux qui en parlent le mieux est certainement Nicolas Saada : « Il y a d'un côté cette précision géographique extrême et de l'autre, cette stylisation extrême. Et c'est ça, toute la force de Melville. La force du souvenir d'un Paris qu'il connaît comme sa poche parce qu'il a traîné dans les rues de Paris - il connaît chaque coin de rue, chaque immeuble, chaque croisement et il peut comme ça, géographiquement, bâtir des itinéraires de personnages. Et en même temps, ce Melville esthète, qui aime un cinéma qui a disparu, qui aime le cinéma américain, et qui essaie de le faire vivre dans cette France de 1967. » [1]


[1] Nicolas Saada à l'Institut Lumière de Lyon, le 11 février 2014

13 juillet 2017

Objet #19

Revolver Smith & Wesson Model 15 Snub, 2017 - Dessin © Yannick Vallet

Film : Un flic

On ne verra que très peu le revolver d'Edouard Coleman dans Un flic.
La première fois, c'est pour nous faire la démonstration qu'il sait parfaitement se servir d'une arme, puisqu'il est sur le stand de tir de la Police Nationale, accompagné d'un officier instructeur. Il semble tellement à l'aise avec son arme qu'il tirera au jugé, la totalité des six balles du barillet !
La seconde fois, ce sera lors de la fameuse scène des lunettes noires alors qu'il retrouve sa maîtresse à l'hôtel. Celle-ci balance l'arme sur le lit avec une telle désinvolture qu'en un seul geste, elle annule, en une malicieuse métaphore de castration, tous les effets de la séance d'entrainement d'Edouard !
Et puis, la dernière fois, ce sera dramatiquement pour abattre son ami Simon, non sans une pointe d'un épouvantable cynisme : Je n'étais pas sûr qu'il se suiciderait, lui.

Le revolver, prolongement naturel du commissaire, est comme la matérialisation détestable de ce que peut être l'homme. L'homme au sens du mâle qui, en ces années de bouleversement social, entre féminisme et libération sexuelle, semble bien perdu : après la main (qui frappe) [1], il ne reste plus au héros melvillien, pour s'affirmer, que l'arme (qui tue).

[1] voir la scène où il frappe son indic, Gaby.