14 septembre 2017

Véhicule #6

Plymouth Fury III 66', Modèle réduit 1/43e, 2017 - Photo © Yannick Vallet

Film : Le cercle rouge

La voilà donc, la fameuse Plymouth[1] que Corey achètera sur La Canebière à la sortie des Beaumettes[2]. Un véhicule sur lequel le concessionnaire a collé une affichette bilingue où il est indiqué : AFFAIRE EXCEPTIONNELLE – REAL BARGAIN[3].
C'est après être sorti de chez Rico, que Corey repérera l'Américaine. La concession n'étant pas encore ouverte (elle ne le sera qu'à partir de 9h), celui-ci décide d'aller faire un billard à quelque pas de là, seul. Et c'est donc à son retour qu'il achètera la voiture, direction Paris.
Sortant de Marseille par l'A7, il rejoindra la Nationale 7 par l'A51 en passant par Aix-en-Provence. Jusque-là, tout est vérifiable. On le voit en effet se diriger a priori vers Aix, après s'être arrêté sur le bord de l'autoroute pour planquer ses revolvers dans le coffre de la Plymouth. Et puis ensuite, impossible de savoir vraiment. A-t-il préféré rester sur la N7 ? A-t-il opté pour l'autoroute à chaque fois que c'était possible[4]. Seuls quelques signes peuvent nous aider à trancher.
J'avais pensé un temps qu'il n'avait emprunté que les nationales 6 et 7, mais trop d'indices me font penser finalement qu'il a dû alterner. En effet, Corey est a priori pressé de rentrer sur Paris et semble vouloir faire le trajet dans la journée, quitte à arriver à la nuit tombée : au motard qui contrôle ses papiers, il indiquera que la carte grise sera refaite dès le lendemain ; et puis, quelques minutes plus tard il dira à Vogel :
- Allons-y ! Il faut être en sécurité au plus vite et il n'y a que Paris.
On peut donc penser logiquement qu'il prendra l'autoroute chaque fois qu'il le pourra. Selon cette option, et en fonction des lieux où on le retrouve, il est possible retracer son trajet :
- à la sortie de Marseille, Corey prend l'A7 puis bifurque sur l'A51 puis repasse sur la Nationale 8, direction Aix-en-Provence,
- de Aix-en-Provence jusqu'à Sénas, il emprunte la Nationale 7,
- de Sénas jusqu'à Lyon, l'autoroute non-stop,
- de Lyon à Avallon, il repasse sur la Nationale 6 avec un arrêt au barrage de Saint-Loup-de-Varennes, au niveau du monument à Nicéphore Nièpce. Puis déjeuner au Relairoute de La Rochepot et deuxième barrage,
- de Avallon à la forêt de Fontainebleau, retour sur l'autoroute mais cette fois-ci il s'agit de l'A6,
- et puis, on ne sait pas trop pourquoi, Corey sort de l'autoroute (vraisemblablement à quelques kilomètres au nord de Nemours, au niveau de Ury) et se fait serrer par les sbires de Rico,
- et enfin, repart sur la Nationale 7, passe à proximité de Barbizon et reprend l'A6 à Soizy-sur-Ecole, jusqu'à Paris.
Arrivé à destination, il gare la Plymouth devant son immeuble, au niveau du 19 avenue Paul Doumer.

D'ici, à chaque fois qu'il se déplacera dans Paris ou ira en banlieue (pour se rendre au Santi's, à Mauboussin ou chez le fourgue), se sera avec cette Plymouth Fury III. Car contrairement à Jef Costello, Corey ne prend jamais le métro. Et contrairement à Costello, Corey est propriétaire de son véhicule, qui plus est une Américaine et non une française. Tout l'inverse du Samouraï.
C'est comme si Corey et Costello incarnaient à eux deux le yin et le yang. Eternellement différents, éternellement opposés (complémentaires ?), jusque dans leur allure : l'un arbore le chapeau, l'autre la moustache. Et puis surtout, on l'a déjà dit, l'un tue alors que l'autre, jamais. Et pourtant. Ils appartiennent au même cinéaste qui, lui, tentera d'en faire la synthèse dans un personnage unique - Edouard Coleman - ultime représentation d'un créateur tout-puissant, omnipotent seul face à sa page blanche …



[1] A noter que cette même Plymouth Fury III réapparaîtra en 1972 sur le front de mer de Saint-Jean-de-Monts dans le rôle de la voiture des malfrats perpétrant le casse de la BNP, au début de Un flic.
[2] Il s'agit en fait de la voiture personnelle de Jean-Pierre Melville.
[3] De la même manière, il est indiqué sur la vitrine de la concession Simca (!), en français et en anglais : OUVERT sans interruption - OPEN without interruption. Comme pour bien rappeler au spectateur les influences cinématographiques de Melville et les origines américaines du film noir.
[4] A l'époque, l'autoroute n'existait que par tronçons et donc il fallait, parfois, repartir sur la Nationale.