27 avril 2017

Objet #11

Gants Blancs, 2017 - Polaroid © Yannick Vallet

Film : Le samourai

« C'est une tradition que les gants blancs chez moi : tous mes tueurs en portent ; ce sont des gants blancs de monteuse… » [1]

Au moins, les choses sont claires !
Petite précision tout de même : il n'y a pas que les tueurs chez Melville qui portent des gants blancs. Dans Le cercle rouge, Corey et Vogel en enfilent lors du cambriolage de la bijouterie, juste avant de découper le verre de la fenêtre par laquelle ils doivent se glisser. Gants qu'ils garderont d'ailleurs durant toute la durée du casse. Et à la fin du film, c'est un des flics, déguisé en valet, qui met aussi des gants blancs. Ce n'est pas un tueur mais si l'on est sensible à l'univers de Melville, on ne peut s'empêcher de penser que cet accessoire annonce forcément une fin fatale …

Car ce symbole des gants blancs est bien aussi, et à chaque fois, dans Le samourai, l'annonce imminente de la mort.
La toute première scène qui nous montre cet accessoire se déroule dans les toilettes du Martey's. Costello, de dos, penché au dessus des lavabos semble se laver les mains. Il s'empare d'une serviette pour les sêcher puis se retourne. Vision incongrue, étrange, d'une serviette immaculée qui essuie des gants, tout aussi immaculés ! Puis Costello balance négligement la serviette par dessus son épaule et va exécuter son contrat. Mort de Martey.
Et puis, il y aura l'assassinat d'Olivier Rey, le commanditaire de tous les meurtres. Costello débarquera chez lui avec un violent coup de pied dans la porte.
- Qu'est-ce que vous voulez ? […] Vous n'auriez pas dû venir.
Trop tard, le tueur avait déjà mis ses gants blancs dans l'ascenseur menant à l'étage. Signe que l'histoire était irréversible. Et que la mort serait au rendez-vous. Quoi qu'il arrive. Mort d'Olivier Rey.
Et enfin, dans un ultime retour au club de jazz, Costello enfilera ses gants face au barman qui aura un mouvement de recul. Costello s'approche de la pianiste. Pose négligement sa main gantée de blanc sur l'harmonium. Echange de regards. Sourire de Valérie. Costello sort son révolver. L'arme.
- Pourquoi Jef ?
- On m'a payé pour ça.
Nouvel échange de regard.
Et puis des coups de feux. Le tueur s'écroule, mains gantées sur la poitrine. Mort de Costello.

Jusqu'à son dernier souffle, Costello aura revêtu ses gants blancs, annonciateurs de mort. Ces gants, qu'ils croisera une ultime fois sur sa poitrine meurtrie, dernier linceul blanc sur une vie sombre qui s'évanouit.

[1] Jean-Pierre Melville dans Le cinéma selon Jean-Pierre Melville de Rui Nogueira.