24 août 2017

Personnages #2

Trois Compagnons, 2017 - Triptyque © Yannick Vallet (d'après Jean-Pierre Melville)

Films : Le cercle rouge, Le samouraï, Un flic

Dans chacun des trois films de Melville, le héros Delon, drapé dans sa solitude un tantinet orgueilleuse, a toujours "à portée de main" un compagnon sur lequel il peut compter, quoi qu'il arrive et en toutes circonstances.
À commencer par le garagiste du Samouraï. Un homme du milieu toujours prêt à changer les plaques d'immatriculation, à fournir de fausses cartes grises ou de vrais revolvers. Étonnant d'ailleurs, comme ce garage est toujours ouvert lorsque Jef arrive, comme si l'homme attendait ici, jour et nuit, toujours disposé à rendre service. Compagnon loyal, il n'hésitera pas à prévenir Costello alors qu'il lui fournit pour une ultime fois un Smith & Wesson : J'te préviens Jef … c'est la dernière fois.
Dans Le cercle rouge, Vogel n'est pas le compagnon de toujours, mais il le deviendra. Et l'on sait, dès la scène de la cigarette au milieu des champs, que ce compagnonnage-là durera longtemps. Delon comprend qu'il pourra compter sur Vogel en toutes circonstances et pour une bonne raison : Vogel lui doit l'essentiel, sa liberté. Le regard que Corey lui lance à la fin du film alors qu'il s'apprête à rejoindre le fourgue, en dit long sur leurs relations. Sans parler de cette phrase lancée par Costello, et finalement assez étrange : Ne t'énerve pas … on a déjà fait mieux, non ?
Quant à Morand, l'adjoint de Coleman, même s'il n'est pas de tous ses déplacements (le commissaire sait se préserver une certaine intimité, que ce soit avec sa maîtresse Cathy, son indic Gaby ou son ami Simon) il sera lui de toutes les missions. Toujours prêt à épauler son supérieur hiérarchique, à être son bras droit, son ombre, voire même celui qui réconforte lorsque la solitude de l'homme blessé devient trop grande. A ce titre, la dernière scène d'Un flic est tout à fait éloquente : alors que Coleman vient d'abattre son ami Simon sous les yeux de sa maîtresse, le commissaire et son adjoint, tous deux bien à l'abri dans leur voiture de fonction, descendent les Champs-Élysées sans un mot, les yeux rivés sur la route. Alors que l'atmosphère devient pesante, Morand fouille dans sa poche de manteau et en ressort un paquet de chewing-gum. Gentiment, il en proposera un à Edouard qui, poliment, le refusera d'un léger mouvement de tête négatif.
Les héros, tout solitaires qu'ils sont, n'en sont pas moins épaulés, à l'image du cinéaste Melville, solitaire mais jamais seul.